Veillées du pays normand

Veillées du pays normand, Boussel Patrice (1979)

«Il fallait dire les secrets de la Normandie romanesque, ses légendes, ses traditions, ses grands rires et ses inquiétudes. Il fallait cerner l’esprit même d’une province où l’on croit toujours apercevoir, entre les peupliers des rivages, la proue grimaçante des drakkars. Bref, il fallait reporter les mystères et les folies du pays gallo-viking.»

«Patrice Boussel y est admirablement parvenu, puisant ici dans le vaste réservoir de la littérature orale, et là dans le fantastique de tous les Maupassant de la province. Le lecteur est convié à suivre les aventures de « Bras d’acier », du « Sorcier Grisemine » ou de « Jean à la tige d’haricot »… »

 

Voici un ouvrage que j’ai récemment lu. Le choix d’aller vers d’autres horizons m’amène sans doute à me raccrocher à mes racines normandes, l’éloignement géographique me pousse à (re)découvrir notre patrimoine. Il est inconcevable d’oublier d’où je viens et qui je suis, je compte bien transmettre ce que je sais et ce que j’apprends.

Bien que ce recueil et la présentation normande de Patrice Boussel datent un peu, j’ai appris de nombreuses choses. Je partage avec vous ce que je retiens de ma lecture, je citerai à de très nombreuses reprises l’auteur car je ne pourrai mieux formuler certaines pensées que lui. Je mets à la fin de ce résumé les différents récits que l’on peut trouver dans ce recueil. Bien que je sois fâchée avec la lecture plaisir et que la lecture de ces textes m’a paru parfois un peu ardue, j’ai pris beaucoup de plaisir à les lire. Au fil des pages, votre parcours est agrémenté de nombreuses illustrations en noir et blanc: des photographies (certaines datant de plusieurs décennies mais sans avoir réellement de dates à vous communiquer; en tout cas, elles sont suffisamment anciennes pour sentir la différence avec aujourd’hui), des lithographies, des gravures et des dessins.

La couleur locale

La présentation de M. Boussel pourrait s’appliquer à d’autres régions françaises. Il nous explique qu’une œuvre (littéraire, théâtrale, etc. ) aura plus de succès si elle joue de la «couleur locale». C’est effectivement par un processus d’identification (temporelle, spatiale, sociale, etc.)  que le lecteur ou le spectateur plongera dans l’univers qui lui est proposé.

Dès le XIXème siècle, les romantiques et leurs successeurs usèrent de ce principe et le public suivit : « On aima le pittoresque et le particulier; on s’intéressa à ce qui, dans le passé, distinguait une période d’une autre. La curiosité, après avoir été piquée par les « sauvages », le fut par les paysans français, et dans chaque province, dans chaque pays, on voulut découvrir une race, une façon de vivre, des traditions particulières

Patrice Boussel reconnait l’existence des variétés mais il nous met en garde sur la valeur, l’ancienneté et l’originalité de ce qui fut découvert durant ces deux derniers siècles. Il nous donne quelques exemples appliqués à la Normandie mais je suis certaine que nous pouvons en trouver pour d’autres territoires en France.

  • Le toit de chaume peut sembler pittoresque à la Normandie mais il n’en est rien car en remontant plusieurs siècles, on s’aperçoit que ce type de couverture était le plus modeste et le plus utilisé en France. Cependant, le chaume doit être régulièrement entretenu et ne pas brûler, c’est pourquoi les fermiers ont demandé aux propriétaires de le remplacer par de «l’ardoise qui nécessite moins de soins et permet de recueillir l’eau de pluie». Par la suite, le toit de chaume, souvent de maisons secondaires, est devenu un signe de luxe.
  • Les costumes folkloriques ne seraient qu’une imitation lors d’un jour de fête: paysans et paysannes s’habillent d’une façon particulière au XIXème siècle parce qu’on le leur a interdit jusqu’à la Révolution. «Ils se vêtent comme des bourgeois, les bourgeois, avant eux, ayant voulu imiter les nobles

Le recueil des traditions populaires

À partir du XIXème siècle, de nombreux écrivains se sont lancés dans la transcription de traditions populaires françaises. Un passage à l’écrit n’est pas sans conséquences : « […] ils crurent bon, n’étant point forcément des savants, de présenter en communiquant au texte un peu de leur personnalité, de leur chaleur, de leur style. Ils arrangeaient et, par conséquent, détruisaient.» Il n’y avait pas encore à cette époque de règles établies pour un tel exercice. Désormais, ces manuscrits corrompus sont guère les seules traces de ce passé littéraire oral si ce n’est des « lambeaux de littérature orale au plus profond des régions les plus traditionalistes».

«Le plus grand nombre des légendes locales, des contes traditionnels s’est effacé des mémoires, bien des mythes sont morts à une époque où jamais on a tant parlé des mythes, mais le décès de nombreuses traditions populaires ne fut pas nécessairement criminel et l’on ne doit donc pas blâmer la décente présentation écrite de récits jadis faits oralement même si, dans une bonne intention, certaines déformations ont été pratiquées

La littérature populaire

Voici quelques auteurs qui, au XIXème siècle, participèrent à la collecte de récits et de contes populaires en Normandie: Frédéric Pluquet, Amélie Bosquet, L.-J. Chrétien, J. Fleury, … Peu d’imprimeurs s’engagèrent dans les récits locaux. Jean Oursel et Jean-François Behourt, puis leurs veuves (Rouen) et Chalopin (Caen) firent connaître au peuple les chroniques de Gargantua, les contes de Perrault, certains récits des Mille et une nuit et la légende de Robert le Diable.

Pendant fort longtemps, la littérature dite «populaire» a été dénigrée (thèmes simples, thème de la chevalerie trop important , histoire relayée au second plan mettant en avant la morale plus traditionnelle, jugée ennuyeuse) malgré un nombre important de romans de ce genre. Pourtant, elle complète un « besoin essentiel de l’homme: la fiction» et fait l’objet «d’une nécessité vitale pour l’esprit: l’évocation d’un mode idéal où se meuvent des personnages de rêve.» Fondés sur des faits historiques mais embellis, les récits hagiographiques (= qui racontent la vie des Saints) et les légendes ( «mot signifiant à l’origine « choses devant être lues »») avaient une belle part dans «l’esprit et le cœur des paysans normands». « En même temps que les vies des saints perdaient, au profit de leur véracité historique, leur caractère légendaire -devant être lues- elles abandonnaient leur valeur populaire et leurs lecteurs […]»

Patrice Boussel explique également que le monde noble et bourgeois, au XIX, considéraient les contes de fées telles des «niaiseries troublant l’imagination des enfants» et que de nos jours, c’est celle de l’adulte qui s’en trouve perturbée: « Racontés jadis aux petits pour donner aux grands un instant de repos, ils sont étudiés maintenant par des savants qui n’osent plus les répéter aux jeunes tant ils y trouvent de sous-entendus scabreux.»

Fantastique normand

« Certains contes [sont] imprégnés de surnaturel et de magie, de mystère et de merveilleux, qui paraissent marqués d’un net caractère régional ou local, certains contes permettant de ressentir le fantastique normand

Robert Escarpit (1918-2000, journaliste et écrivain français) définit le fantastique normand comme suit: «Le naturel est ce ce qu’on trouve dans la nature et qu’on ne s’attend pas à trouver. Le surnaturel est ce qui n’est pas naturel, mais ce que votre curé trouve naturel. Le bizarre est ce qui est naturel, mais que vous ne trouvez pas naturel. Le fantastique, c’est le reste.»

Les récits retenus pour ce recueil ont été regroupés en quatre catégories:

  • ce que le Normand savait ou imaginait du passé de sa province : histoires de chevaliers cruels ou généreux, félons ou héroïques qui avaient traversé les siècles pour émouvoir les travailleurs de la terre;
  • ce que le Normand devinait  des secrets du monde qui l’entourait: les animaux, les pierres, les eaux, les arbres et ces objets doués d’une puissance mystérieuse, les cloches;
  • ce que le Normand supposait des autres Normands: la bêtises des uns, la rouerie des autres, l’étrangeté des femmes, la puissance de l’amour, l’expérience du soldat, la malignité des voleurs, les leçons de l’existence, la mort et la justice divine;
  • ce que le Normand estimait utile d’admettre pour comprendre le monde: ces forces cachées maléfiques ou bénéfiques dont il était le jouet mais qu’il espérait bien maîtriser parfois (le diable et ses suppôts, les puissances occultes, la protection des saints).

Voici quelques indications relatives à cette littérature normande:

  • «le thème du dragon qui terrorise une région se retrouve non seulement en plusieurs points de Normandie, à Rouen par exemple, mais ne semble pas plus originale pour être bien localisée»;
  • «Le paysan normand se méfie du soldat qui toujours marche et traverse pays après pays.»: des sentiments de crainte, d’admiration et de compassion se mélangent dans leur cœur normand;
  • le langage des animaux compris par l’homme est une thématique récurrente dans les récits mais en Normandie, cela peut permettre de devenir Pape;
  • les phénomènes naturels (rocher, perte de rivière, arbre géant, etc.) « suscitent la curiosité et l’inquiétude et donnent alors naissance à des légendes explicatives». Certaines d’entre elles «sont souvent liées à une histoire de trésor caché, gardé par des êtres féériques»
  • «Généralement, on admire la force et la ruse, mais la force au service de la justice, la ruse employée à tromper les méchants. La mort n’est pas la fin, les revenants existent et il y a un jugement suprême
  • «le Diable hante la campagne normande»; les fées sont nombreuses mais sont généralement vues comme petites voire très petites; «des sorciers exercèrent un incontestable pouvoir dans les villages [mais ils étaient] souvent considérés comme de simples conseillers techniques. Le surnaturel, le magique, le fantastique, d’accord; mais que cela ait au moins une utilité pratique. »

Le cachet normand

Ces contes normands trouvent bien souvent leurs homologues en d’autres provinces de France ou d’autres pays. Pourtant, chacun conserve son originalité.

La Normandie peut sembler homogène d’un point de vue climatique (humide et tempéré favorable à l’herbage et au verger) mais elle se révèle être elle-même «faite d’une multiplication de «pays» fort distincts» et cette combinaison est «l’œuvre de l’histoire». À noter que si les Normands ont été envahisseurs et conquérants, ils «ont aussi été envahis à plusieurs reprises, envahis mais non transformés».

  • la Normandie terrienne et celle de la côte.
    André Siegfried (1875-1959, sociologue, historien et géographe français, normand) écrit sur le double caractère normand: « Authentiquement française, elle est en marge de la France, liée à l’unité nationale par une séculaire et indissoluble union, elle n’en figure pas moins comme une personnalité originale, distincte de la nation. Ses orientations sont diverses; un lien de chair l’attache au terroir  français, dont on ne saurait l’imaginer arrachée que par une blessure mortelle, et de ce point de vue elle est terrienne, regardant vers l’est, continentale; mais sur sa face maritime, il s’agit d’une personnalité expansionniste, conquérante, ouverte vers l’ouest et les océans. Rien de plus contradictoire que ce double aspect, qui fait que le Cauchois est cent pour cent terrien, cependant que le Havrais tout proche est, par ses fenêtres ouvertes sur l’immensité, un citoyen du monde.»
  • la partie occidentale qui fait partie du Massif Armoricain (sols de schistes imperméables traversés d’arêtes de granit, haies épaisses, clos, bocage) et le reste qui fait partie du Bassin Parisien (calcaires, argiles, limons, vallées larges et profondes), chaque région nécessitant des subdivisions supplémentaires.

Les chevaliers du temps passé:                                        

* Le Serpent de Villedieu-les-Bailleul                                

* L’Impitoyable Ganne                                                           

* Richard sans Peur                   

  Ce qui nous entoure:          

* Le langage des bêtes                                                                                  * Le Hêtre au Crucifix

* Le Corps sans âme, ou Le Lion, la pie et la fourmi                             * Le Bonhomme de Fatouville

* Le Merle blanc                                                                                               * Le Spectre de la pierre des Bignes

* Les Pierres de la Plumaudière                                                                  * Le lac de Flers

* La légende de Saint-Gerbold                                                                    * Les Niais de Malhantôt

* La Fosse-Arthour   

  Nos frères et les hommes:          

* Les six compagnons                                                                                    * Les Trois Souhaits

* Merlicoquet                                                                                                   * Bras-d’Acier

* La Fileuse                                                                                                       * Vœu d’un marchand

* Le Bonhomme normand                                                                            * Jacques le Voleur

* Jean à la tige d’haricot                                                                               * Andaine

* La Fille sans mains                                                                                       * Gauchelin

* Le Pays des Margriettes                                                                             * Duel de Legris et de Carrouges

* Pimpernelle

  Les forces cachées:          

* La Demoiselle et le Monsieur habillé de rouge                                    * Le Sabbat de dame Chandeleur et Taillis-Hyver

* Dick-et-Don                                                                                                      * Le Sorcier Grisemine

* La Dame de la Gueurie                                                                                  * Le Meneur de rats et de loups

* La Jeune Fille varou                                                                                       * Le Violon merveilleux

* La Biche blanche                                                                                             * Le Grimoire

* Fées et revenants de Dieppe                                                                      * Un Normand

 

Si vous souhaitez proposer à des enfants un ouvrage sur la Normandie, je vous conseille de lire l’article sur Mes années pourquoi : la Normandie.

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